Les 27 et 28 janvier, les MAGEMI se sont rendues à Paris afin de rencontrer, pendant deux jours, des professionnel·les du milieu culturel. Ce voyage pédagogique s’est notamment inscrit dans le cadre de la préparation de l’exposition dédiée aux modèles clastiques du docteur Louis Auzoux, qui prendra place à l’Institut Agro Rennes-Angers à partir du 2 avril 2026.

JOUR 1 
Visite au C2RMF – Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France

La promotion MAGEMI a été accueillie par Jocelyn Périllat-Mercerot (chargé d’études documentaires et de missions en conservation préventive) et Martina Lange-Bréjon (régisseuse en charge de la régie du laboratoire). Les équipes du C2RMF ont pour mission d’accompagner les musées français dans leurs démarches scientifiques ainsi que dans l’élaboration de stratégies de conservation et de restauration patrimoniale (missions définies par l’arrêté du 16 décembre 1998).

La visite dans l’ensemble des locaux et laboratoires du C2RMF a été ponctuée de rencontres, notamment avec  Clarisse Delmas, cheffe de l’atelier de restauration de peintures, qui a présenté des interventions qualifiées de fondamentales, portant exclusivement sur la couche picturale et le support. Nous avons appris qu’avant toute opération de restauration, les œuvres étaient soumises à une analyse préalable et une expertise approfondie au laboratoire du C2RMF.

L’atelier de restauration des sculptures, qui se consacre principalement aux matériaux pierreux, a également été découvert à cette occasion. Nous avons profité de cet arrêt pour évoquer la situation géographique du C2RMF et les risques encourus pour les collections : situé sous le niveau de la Seine, le Centre collabore avec une brigade de pompiers spécialisée pour assurer la gestion des risques liés aux crues, aux incendies et aux explosions, en raison de la sensibilité du laboratoire. Des exercices d’évacuation associés au risque « NRBC » (nucléaire, radiologique, biologique, chimique) sont organisés régulièrement afin de renforcer la préparation face à d’éventuels incidents.  

La visite s’est poursuivie vers les espaces dédiés à la livraison des œuvres, ainsi que vers les laboratoires de conservation spécialisés dans la peinture et les objets, puis vers les espaces dédiés à l’imagerie scientifique. Les équipes rattachées à ce pôle, au sein du département recherche, ont pour mission de produire des images, notamment issues de radiographies, tomographies ou relevés 3D, réalisées en amont des interventions de restauration, ou dans le cadre d’études et de travaux de recherche. Elsa Lambert, radiologue et technicienne du patrimoine au sein du groupe Imagerie, nous a ainsi initiées à la tomographie, dont le but est d’explorer la structure interne des objets et de réaliser des reconstructions numériques précises à partir des données obtenues lors des scans.

Visite du musée du quai Branly — Jacques Chirac

Après une pause méridienne au Carrousel du Louvre, due à la pluie, nous nous sommes rendues au musée du quai Branly — Jacques Chirac. Deux visites nous attendaient. Nous avons tout d’abord été accueillies par Elsa Debiesse, chargée de la conservation-restauration au département du patrimoine et des collections. Nous avons eu l’opportunité de visiter les ateliers de restauration présents sur site — une particularité peu courante pour un musée, puisque la majorité des établissements confient habituellement leurs œuvres au C2RMF ou à des ateliers indépendants. Elsa Debiesse nous a présenté les différents projets en cours de restauration, exposant la variété des raisons qui justifient l’envoi d’un objet en restauration : organisation d’une exposition, demande de prêt, étude menée par un·e chercheur·se, etc. Plusieurs étudiantes en restauration étaient présentes, chacune portant un projet de mémoire sur l’étude d’une partie des collections. 

Après cette visite, nous avons rejoint Isaline Saunier, commissaire de l’exposition Le fil voyageur. Raconté par Sheila Hicks et Monique Lévi-Strauss. Cette dernière a mené une visite commentée, qui nous a permis de mieux appréhender le travail de l’artiste autour du textile ainsi que les problématiques et enjeux liés à la réalisation de l’exposition. Nous avons ainsi pu observer un double dialogue s’opérer : celui entre les ensembles textiles de Sheila Hicks et du musée — les textiles représentant environ 10 % de ses collections — et celui entre l’artiste et son amie, Monique Lévi-Strauss. Les œuvres de l’exposition nous ont profondément marquées, tant par leur profondeur conceptuelle que par leurs qualités plastiques. La production in situ de l’artiste, développée à partir de photographies prises au Machu Picchu, s’est révélée particulièrement saisissante. L’intervention d’Isaline Saunier fut également passionnante : elle a su éclairer les véritables « logiques textiles » à l’œuvre, tout en proposant une relecture fine du geste artistique lui-même.

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Avant de quitter les lieux, nous nous avons choisi d’arpenter le musée, à la (re)découverte du plateau des collections, mais également de l’exposition Dragons. Ce fut l’occasion, pour celles qui ne connaissent pas le musée, d’établir un premier contact avec lui. 

Après une journée riche en découvertes et en visites, nous sommes allées nous asseoir en terrasse afin de profiter d’un moment de convivialité toutes ensemble, avec l’équipe pédagogique. Une bonne nuit s’est imposée ensuite, après ce réveil matinal à 5h30 pour prendre le train !

JOUR 2 
Visite de l’exposition temporaire Momies au musée de l’Homme

La journée commence au musée de l’Homme, où nous sommes accueillies par Véronique Declercq, régisseuse, accompagnée de son alternante. Un premier temps, préalable à l’entrée dans l’espace d’exposition, est consacré à la présentation de ses missions, à la description de l’organisation du musée et ses équipes, ainsi qu’à l’exposé des enjeux et défis liés à la production d’expositions au sein d’une institution de cette envergure. La majorité des expôts étant issus de prêts, une grande logistique et une anticipation assez importante sont par exemple requises. Ces emprunts sont rendus possibles par l’important budget alloué au musée, placé sous la double tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de la Transition écologique. En marge de ses propres expositions, le musée s’avère également un important prêteur à travers le monde. Véronique Declercq est donc amenée à gérer toute la logistique des mouvements d’œuvres ainsi que le montage et démontage de chaque exposition. 

Nous avons, ensuite, visité l’exposition Momies. La régisseuse a présenté les différents choix réalisés en termes de régie (sélection des vitrines et soclage notamment), en précisant leur importance dans la présentation des restes humains. La muséographie est pensée de sorte à ne pas surprendre le visiteur, grâce à des vitrines qui ne sont pas immédiatement observables, subtilement dissimulées depuis les espaces adjacents et partiellement voilées par un rideau latéral. Il convient de souligner qu’à l’entrée de l’exposition, le visiteur est averti de l’interdiction de prendre des photographies des êtres momifiés,  en vertu du principe de dignité humaine et du respect dû aux défunts.  Véronique Declercq a tenu à préciser que l’exposition de restes humains nécessitait une concertation avec des expert·es et le respect de protocoles éthiques spécifiques afin de garantir le traitement respectueux de ces artefacts. Une « fiche éthique » a été proposée par les commissaires de l’exposition, puis travaillée en concertation avec d’autres musées dont les collections sont également concernées par ces questions, avant d’être validée par le comité éthique.

Nous avons enfin abordé la question écologique à travers les différents moyens mis en œuvres par le musée, comme le réemploi, lorsque cela est possible, du mobilier et des vitrines. Ces interrogations d’une actualité criante, et en résonance avec nos enseignements théoriques, nous permettront de mieux appréhender nos futures missions en tant que professionnelles, que ce soit dans le domaine de la régie, la muséographie, la scénographie ou la médiation. 

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Visite de l’atelier de conservation-restauration, avec Caroline Marchal

Après une rapide pause déjeuner, nous nous sommes dirigées vers l’atelier Marchal-Poncelet où nous avons retrouvé Caroline Marchal, restauratrice spécialisée en arts graphiques et conservation préventive. Cette dernière restaure depuis de nombreuses années des modèles Auzoux, sujet de notre exposition. L’équipe de l’atelier est actuellement en charge de la restauration du modèle équin, issu des collections de l’Institut Agro Rennes-Angers. Nous avons organisé un entretien filmé, qui sera projeté au sein de l’exposition afin que le visiteur puisse avoir accès à cet exemple exceptionnel, dont la restauration ne sera sans doute pas terminée à temps.

Nous avons abordé ensemble les défis posés par la restauration de modèles en papier mâché, les différentes étapes du travail de restauration et plus largement,  le métier de conservateur-restaurateur. Cette visite nous a permis de découvrir le cadre de travail d’un atelier de restauration indépendant, les différents enjeux du métier, mais aussi le modèle du cheval et les différentes parties qui le composent (organes, pattes, etc.). Nous remercions une nouvelle fois Caroline Marchal et son équipe pour cette superbe visite et cette interview des plus enrichissantes.

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Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude envers les professionnel·les qui nous ont accueillies chaleureusement, ainsi qu’envers nos référentes pédagogiques, Florence Duchemin-Pelletier, Agnès Levillain et Pauline Monginot

Après ces deux journées riches en découvertes, nous sommes rentrées à Rennes. Comme vous pouvez vous en douter, certaines, épuisées par le programme chargé, se sont rapidement endormies dans le train…

Émilie, Eva et Justine